Enseignement de l'informatique, une vraie rupture

Une interview de Jean-Pierre Archambault sur ToutEduc
26 novembre 2009
 

   La réforme des lycées prévoit au moins un point de rupture indiscutable avec l'existant, c'est la création d'un « enseignement de spécialité optionnel » en Terminale S, « informatique et sciences du numérique ». L'association EPI militait depuis longtemps pour cette création, nous avons rencontré son président, Jean-Pierre Archambault.

ToutEduc : L'informatique est déjà présente dans le cadre des autres disciplines. A-t-elle vraiment une légitimité à constituer une discipline distincte ?

Jean-Pierre Archambault : L'informatique est actuellement partout, et elle n'est nulle part. Or le raisonnement informatique suppose la mise en oeuvre de concepts spécifiques, comme l'a bien montré Gérard Berry dans un débat au salon Educatice (lire ToutEduc [1]). Imaginez que l'on considère que l'enseignement de l'algèbre est inutile parce que le professeur d'Histoire aurait appris aux élèves ce qu'était un nombre relatif avec des dates avant et après Jésus-Christ. C'est une discipline à part entière, avec sa cohérence.

TE : Mais il y a déjà, à l'école primaire et au collège, le B2i (brevet informatique et internet) !

J.-P. A : il porte sur les usages, sur des compétences, d'ailleurs très difficiles à mesurer : utiliser une souris, « surfer » sur Internet, utiliser tel ou tel logiciel, sans explicitation aucune des connaissances scientifiques permettant de les acquérir... Utiliser l'informatique dans toutes les disciplines est une chose nécessaire, l'enseigner dans une discipline spécifique en est une autre, complémentaire et tout aussi nécessaire.

TE : Vous voulez nous faire de petits aristotéliciens, des logiciens...

J.-P. A : Nous connaissons en France, et en Europe, un véritable déficit de compétences informatiques chez les ingénieurs et les chercheurs non informaticiens, alors que 30 % des budgets de R&D dans le monde portent sur l'informatique. Sa logique fait également partie de la culture du citoyen d'aujourd'hui. Comment participer aux débats sur la « loi Hadopi » si on ne comprend pas de quoi on parle ?

TE : Il faudrait donc que ce soit un enseignement obligatoire pour tous, et non pas seulement une option en terminale scientifique ?

J.-P. A : Dans l'idéal, oui.

TE : Qui va assurer cet enseignement ?

J.-P. A : Nous avons déjà, parmi les enseignants, des personnes qui ont des licences ou des maîtrises (M1) en informatique, le noyau existe, et on peut imaginer qu'une mise à niveau organisée par des universités soit financée par le grand emprunt, dès le second semestre 2009-2010. Il faut avoir en perspective la création d'un CAPES et d'une agrégation d'informatique, et celle d'options informatique dans les concours de recrutement des enseignants, y compris littéraires.

http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=1144 ;
http://www.touteduc.fr/.

NOTE

[1] « Les enjeux d'un enseignement de l'informatique au lycée (salon Educatice) » sur ToutEduc le 23 nov. 2009.
http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=1122.

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Association EPI
Décembre 2009

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