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La programmation à l'école primaire

Robert Riou
 

Robert Riou, instituteur à la retraite, a écrit à l'EPI. Il nous a fait part de son expérience passée et de ce qu'il pourrait proposer aujourd'hui à ses élèves s'il était encore en activité. Mais il est septuagénaire et goûte depuis des année déjà aux charmes d'une retraite bien méritée...

   Avant le plan IPT de 1985, je m'étais déjà formé au Basic. Dans le cadre d'activités sportives, j'avais vu à Plymouth le secrétaire de la Ligue du Devon de tennis de table. Il gérait les compétitions de sa région, avec un ZX 81 et une petite imprimante 40 colonnes. J'avais ensuite « informatisé » mon comité départemental.

   Lorsque le premier TO7 était arrivé dans mon école, j'avais obtenu de la mairie deux autres micro-ordinateurs. Mais la cartouche Logo coûtait cher. Voilà pourquoi j'avais fait surtout du Basic.

   J'avais créé un atelier de programmation Basic à la garderie du soir. La mairie de ma petite commune rurale venait de créer un service de ramassage scolaire. Une garderie était donc nécessaire. Une employée communale fut désignée. C'était une femme admirable qui s'occupait très bien des petits, mais elle avait des difficultés avec les plus grands. J'avais donc pris l'initiative de poursuivre le soir mon activité de tennis de table que je faisais tous les jours, pendant la pause méridienne. Mais je n'avais que deux tables. J'occupais les autres enfants avec les ordinateurs. Je lançais l'activité « programmation » et ensuite, j'étais tranquille, je pouvais me concentrer sur mes activités pongistes. Il suffira ensuite de leur donner les bons documents, les bons livres. Les enfants se débrouillent tout seuls. Une activité de codages de dessins ne demande pas beaucoup de connaissances en Basic. Et on peut diriger au moins une autre activité en même temps.

   J'allais prendre des modèles dans la revue Téophile. Mais un jour, des pédagogues ont décrété que ces programmes n'étaient que du « Bled » sans intérêt pédagogique, quasiment une insulte ! J'étais donc allé suivre un stage à l'Ecole normale. Là, un professeur nous annonça que des psycho-pédagogues affirmaient que faire programmer des enfants en Basic, c'était créer des esprits embrouillés, à cause de l'instruction Goto. On allait les massacrer. Ils ne pourraient pas suivre plus tard en mathématiques.

   J'avais donc mis fin à ces ateliers et un seul élève persévéra, car il s'était passionné pour la programmation. C'est à cause de cet obscurantisme que depuis des années je milite pour un apprentissage précoce du codage. J'ai tellement massacré cet élève en mathématiques qu'il vient de faire un exposé au séminaire Bourbaki. Passons, la pédagogie a parfois ses raisons que la raison ignore... La mise en garde de Confucius est toujours d'actualité : « Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi ceux qui voulaient faire la même chose, ceux qui voulaient faire le contraire et l'immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire. »

   Je suis depuis longtemps votre combat en faveur d'un enseignement de l'informatique pour tous, ce que préconise le rapport de l'Académie des Sciences « L'enseignement de l'informatique en France - Il est urgent de ne plus attendre ».

   Depuis que j'ai entendu Pierre-Louis Lions défendre cette idée [1], je m'emploie à proposer sur mon site [2] toutes sortes d'exemples, qui pourraient aider les professeurs des écoles. Je suggère à l'EPI d'organiser un concours de dessins pour enfants avec le soutien des scientifiques ( informaticiens et mathématiciens) qui agissent avec vous. En Logo, on peut faire de jolis dessins géométriques en suivant des algorithmes informatiques. En Basic, ou sous canevas de HTML5, on procède différemment avec la notion de pixel. Le repérage dans un plan (abscisses, ordonnées) est difficile à faire comprendre par des méthodes traditionnelles alors que ça marche bien en utilisant l'ordinateur. Cette activité se prêterait bien au projet des rythmes scolaires (activités périscolaires). Cela ne demande pas de grosses formations, ça ne coûte pas cher. Les enfants enregistreraient leurs travaux sur des clés USB et ils pourraient être publiés sur des sites Internet.

   Peut-être alors, verrait-on des professeurs des écoles s'impliquer ? Mais l'apprentissage de la programmation doit être partie intégrantes des programmes à l'école primaire.

   Dans mes classes je demandais aux élèves les plus rapides de sortir sur imprimante la correction des problèmes. Il n'y avait pas de traitement de texte. Il fallait programmer l'imprimante. Avec la notion d'opérateur des mathématiques modernes, c'était assez simple à expliquer et à exécuter. Sur mon site, j'ai réalisé un solveur d'extraction de racine carrée. J'avais appris la technique, il y a 55 ans. Je l'avais oubliée. Maintenant, elle est gravée à jamais dans ma mémoire. On peut discuter de l'intérêt de la chose mais programmer constitue un outil pédagogique en informatique, et dans les autres disciplines !

Robert Riou

Cette contribution est sous licence Creative Commons (selon la juridiction franšaise = PaternitÚ - Pas de Modification). http://creativecommons.org/licenses/by-nd/2.0/fr/

À l'adresse http://www.rriou.infini.fr/basic-256/index.php Robert Riou propose une initiation au Basic-256.

J'ai créé un diaporama de 12 copies d'écran pour expliquer comment installer Basic-256 sur une clé USB ainsi qu'un autre diaporama (6 images suffisent) pour expliquer comment je faisais mesurer les coordonnées des points pour la construction d'un triangle.

Ensuite, je donne quelques exemples de dessins simples. Mais un instituteur doit savoir quand les calculs et les mesures n'apportent plus rien à la compréhension, quand on entreprend un dessin plus complexe.

Inutile d'aller perdre du temps quand on dispose d'un outil simple qui permet d'automatiser le travail. J'ai créé une vidéo de 16 mn pour expliquer comment utiliser un outil de ma fabrication (en basic-256) pour illustrer la fable « la cigale et la fourmi ». Cela se faisait beaucoup autrefois, sur le cahier de récitations.

Je donne aussi quelques explications pour créer, avec le même outil, exactement le même dessin, en HTML5.

Je fais remarquer que les corrections des erreurs (on n'est pas toujours adroit avec la souris) sont formatrices.

J'ai créé cette vidéo avec mon appareil de photo numérique. Il est difficile de faire un zoom tandis qu'on manipule la souris de l'autre main.

J'ai ajouté une fenêtre pour expliquer comment donner ma solution d'un problème assistée par ordinateur . J'ai écrit aussi quelques exemples de solutions de problèmes. »

 

NOTES

[1] Rapport de l'Académie des Sciences :
L'enseignement de l'informatique en France. Il est urgent de ne plus attendre.
http://www.epi.asso.fr/revue/docu/d1305a.htm

[2] Bienvenue sur le site de Robert Riou.
http://www.rriou.infini.fr/

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Novembre 2013

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